Les poireaux blancs

Résolution, résolution… 

Assise à mon bureau, je mâche un mot dont le sens m’échappe de plus en plus. 

À cette période de l’année, on entend la résolution comme une promesse à soi-même, un engagement ; à moi-même je tente de me faire des promesses, de songer à toutes ces choses que je me voudrais voir faire, accomplir… Or, rien de vient. 

« Avoir une meilleure discipline. Changer mes habitudes alimentaires. Passer moins de temps sur les écrans. » 

Bof ! 

J’ai l’impression que mon esprit s’est transformé en numéro de janvier de magazine féminin. Rien ne résonne, rien n’est vraiment dit avec importance. Mon corps le sait : lorsque j’y pense, rien ne s’y passe, pas même le moindre frisson dans le plexus, là où les projets prennent d’habitude vie. Je cherche des moyens de parer à mes manques et mes contradictions, et voilà que mon corps s’ennuie à cette idée. 

D’avance, je peux même dire que cela ne fonctionnera pas ! L’image me vient déjà de moi, une semaine plus tard, le téléphone dans la main en train de manger des tartines en plein après-midi… exaspération ! 

Un haïku qui sauve

Fatiguée de mon esprit confus, je vais laver mes yeux à la lecture de haïkus de Bashô

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Poireaux lavés 

poireaux tout blancs – 

comme ils ont froid ! 

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J’ai toujours aimé les haïkus, car ils m’éloignent de trop d’explications. L’évocation – la délivrance… Mon volontarisme à l’occidentale se défait peu à peu. 

Dans l’anthologie du poème court japonais, j’en trouve un autre, de Hino Sôjô, poète du XXe siècle : 

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Matin du premier jour 

dans le poêle – 

quelques braises de l’an passé.

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Je respire. 

Je revois le Japon, ce premier jour de janvier il y a cinq ans, où j’avais vu le soleil se lever au petit matin, sur les champs gelés. La vie était ouverte devant moi, à l’image du ciel pur contenant tous les possibles. Dans le coeur, il y avait de l’amour et la fraîcheur simple d’un instant plein de vie. 

Alors je réalise que « résolution » peut aussi vouloir dire : « le fait de se résoudre ». Je prends le temps de regarder le mot sous un autre angle : Résolution, comme un point à la fin d’une phrase qui s’est déjà terminée ; résolutions, comme tout autant de points dans l’espace qui disent que tout est déjà résolu… pourrait-on dire « parfait » ? 

Et si tout était déjà résolu ? Comme le dit Byron Katie : « When I argue with reality, I loose, but only every time. » N’est-ce pas la vie qui décidera pour moi ? 

Comme Bashô face aux poireaux blancs, le silence se fait quelque part en moi. En est sorti un petit haïku : 

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Passage !

se réveiller dans les draps lourds

– sapin fané

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