Célébrer la beauté, résolution 2020

Célébrer la beauté. J’ai toujours aimé les rituels. Enfant je passais des heures, solitaire, à embellir les lieux où je jouais. Sur les marches du jardin, bien disposer la poupée face aux coccinelles rassemblées le temps d’un déjeuner. L’harmonie nait de la juste mise en présence des choses. Beauté et sens sacré font bon ménage.  Et s’ouvrir aux rites est un puissant antidote à la morosité.

2020, double vingt, nouvelle décade

En ce début d’année, les rites invitent à célébrer le passage entre l’année passée engloutie dans l’obscurité, et l’an nouveau, né dans la lumière discrètement croissante de l’hiver. Les rituels requièrent toute notre attention pour laisser apparaitre la splendeur de ce qui était là sans qu’on le voit.

Nouvelle année, terre immaculée, espace libéré où laisser jaillir les intentions, résolutions, s’engager , renouer avec une aspiration profonde.
Vivre au plus près de ce qui importe. Comment être fidèle à ce qui fait battre le cœur plus fort, briller les yeux plus grands, et surgir des braises une flamme dansante ? 
Ces jours-ci, j’ai pensé à cette question tout en la laissant reposer.  C’est souvent ainsi que la pensée s’élabore. La laisser suivre son cours, vagabonder, des liens, coïncidences, apparaissent et l’idée surgit dont ne sait où.

Rencontre avec la splendeur

Dans cette paisible journée d’hiver, je me suis plongée dans la lecture du livre « La panthère des neiges », de Sylvain Tesson. Récit poétique d’un voyage au Tibet en compagnie de l’artiste photographe animalier Vincent Munier. Un voyage en quête de la panthère des neiges.

Fascinée par l’animal, j’ai donc passé des heures à la contempler à travers des photos, films et récits. Pelage somptueux, noblesse du port, corps épousant parfaitement la montagne, vivacité, précision, et haute discrétion. Un instinct exacerbé pour rester en vie dans ce milieu, rendu par l’homme, d’une hostilité extrême. Reine d’une majesté absolue. A elle seule, symbole de la beauté d’un monde si gravement menacé. L’auteur évoque les animaux qui observent les hommes souvent aveugles aux multiples yeux rivés sur eux : « Désormais je saurais que nous déambulions parmi des yeux ouverts dans des visages invisibles. Je m’acquittais de mon ancienne indifférence par le double exercice de l’attention et de la patience. Appelons cela l’amour. » 

L’apparition d’une chanson

Le même jour, je découvre ce magnifique petit film, « le silence des bêtes » dédié aux lynx braconés, disparus des Vosges. En fond musical, contrastant avec la violence du propos, cette chanson de Mouloudji : «L’amour, l’amour, c’est le poivre du temps, une rafale de vent, une feuillée de lune… L’amour, l’amour, c’est parfois même aussi, que le visage d’un autre, qui n’est ni lui ni l’autre. » Le soir même, nous dinions à la maison avec deux amis. A la fin du repas, l’un d’eux nous propose d’écouter une belle chanson pour célébrer la nouvelle année… Comme par magie, c’était  « l’amour » , cette chanson de Mouloudji que je découvrais donc pour la première fois le matin même dans un tout autre contexte.

C’est ainsi que la résolution 2020 s’est manifestée. Aspiration à raviver un engagement pris il y a plus de 12 ans. Se poser, droit, en silence, et attendre… Oui, c’est vrai Sylvain Tesson, « le double exercice de l’attention et de la patience », s’appelle amour.

Très bonne année pour aimer, contempler, et honorer la beauté sauvage.

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