L’arbre et la forêt

Songeant à la forêt, je me suis plongée cette semaine dans une écoute musicale bien particulière. 

Ce qui fait l’objet de mon écoute, ce sont des « icaros », ces chants traditionnels de guérison pratiqués dans toute le bassin amazonien. Ces chants ont la particularité d’être répétitifs, circulaires, presque enivrants. Je les avais découverts au Pérou, il y a quatre ans de cela. 

Depuis, certains me reviennent régulièrement en tête, et me rappellent à l’atmosphère de la grande forêt qui manque à ma vie citadine. 

Un tissage sonore

Les icaros ne sont pas des chants religieux ou festifs. Ils ressemblent à une sorte de tissage sonore, et sont destinés à réorganiser harmonieusement le corps et l’esprit de celui à qui ils sont chantés. C’est pourquoi on les appelle des chants-médecine. 

Ces chants particuliers ne sont chantés qu’en Amazonie, car il est dit qu’ils apparaissent dans la tête des hommes grâce aux esprits des plantes qui les leur enseigne. Les guérisseurs détenteurs de ces mélodies peuvent alors les chanter à d’autres pour les aider à guérir.   

En occident, il nous serait difficile de dire qu’une plante, un arbre, un animal, aurait un esprit qui serait capable de nous apprendre quelque chose. Cela nous paraitrait bien incongru ! 

Pourtant, nous ne sommes pas insensibles à la tonalité des choses qui nous entourent. 

L’esprit des choses

On parle bien volontiers de l’« âme » d’un chêne centenaire, qui dégage quelque chose de fort dans un parc. Ou d’un figuier méditerranéen, qui semble garder l’entrée d’une maison. Un tilleul devant notre fenêtre est abattu, et c’est tout l’appartement qui semble être en deuil.  

Nous pourrions presque parler d’une mélodie particulière propre à ces présences végétales. 

Les icaros sont les mélodies révélées des plantes, données à l’homme pour être chantées et ainsi aider celui dont l’être n’est plus suffisamment accordé au monde. En Amazonie, on part du principe que si l’homme souffre, c’est qu’il a perdu contact avec les lois de la Vie elle-même.

L’hypnose : écouter et chanter

En reflétant sur mon travail de praticienne en hypnose, je me suis dit que cela y ressemblait drôlement. Écouter, de tout mon corps et mon cœur, pour sentir la mélodie de la situation, et alors laisser venir « le bon icaro ». S’agit-il d’une simple discussion ? D’une invitation à la transe ? D’une métaphore ? Ou s’agit-il simplement d’une présence silencieuse ?

Cette semaine, je me dis que malgré le béton des villes, notre cœur est plus proche de la forêt qu’on ne le pense. 

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