A la re-découverte du corps

Entrer dans la pratique de la méditation, se relier au corps, c’est à la fois l’expérience la plus simple, et d’une richesse sans fin.

Ce qui m’a d’emblée plu dans cette pratique, c’est la grande liberté qu’elle offre. Se poser, juste le faire, sans aucun intermédiaire, et entrer en rapport au monde directement, singulièrement.

Même s’il est très précieux que quelqu’un vous montre le chemin de la pratique, chacun le fait seul. Il n y a personne pour vous expliquer la vie, et au fond, la vie n’aime pas trop les explications.

Pratiquer la méditation, c’est entrer dans une exploration. J’entre en relation au monde grâce au corps, et ce faisant, je suis amenée à prêter attention à ce qui est déjà là, qui souvent me passe au dessus de la tête dans nombre de situations de la vie courante. Au-dessus de la tête… une manière simple de dire au dessus du corps, déconnectée de la simplicité du corps qui vit bien souvent sans que je sois réellement présente à ce qui se passe, à ce qui s’y passe, à ce qui passe.

Par les perceptions du corps, je me relie à l’espace autour, m’y mêle d’une certaine manière.
Assis, posé, il devient possible de gouter autrement la joie d’être vivant. Cette rencontre se fait dans une relative immobilité, ce qui contraste avec l’impression assez fréquente de se sentir plus vivant par le corps en mouvement : courir, marcher, s’étirer, danser.

La pratique et l’immobilité dans laquelle elle dispose est propice à prêter plus finement attention à ce qui bien souvent passe tout à fait inaperçu.

Dans cette immobilité, il est possible de se relier au subtil mouvement de la vie qui œuvre à notre insu. Ce souffle qui va et vient entre dehors et dedans, entre ce corps et l’immensité de l’espace autour, dissipe peu à peu les frontières entre intérieur et extérieur.

Entrer dans le souffle qui relie, et goûter un sens d’unité. Cela m’avait frappé lors d’une promenade printanière avec un ami à la roseraie du jardin des plantes. Nous étions là, debout parmi les roses, à contempler, à goûter leur délicat parfum. Inspirer leur senteur, inspirés par leur senteur, et déjà, la fleur passe en soi.

Se poser, saluer le corps tel qu’il est, offre un vrai soulagement. Ce n’est pas nécessairement une expérience agréable : parfois le corps engourdi, douloureux, épuisé, ou juste le cœur lourd. Et pourtant, même dans ces circonstances là, c’est une libération de renouer avec ce qui est. Admettre ce qui est tel quel, c’est là une forme d’honnêteté. Et c’est à  partir de cette reconnaissance qu’il est possible de s’ajuster, de trouver la justesse, de cesser de tirer sur la corde, pour se mettre à l’écouter et entrer en harmonie.

C’est aussi une manière très concrète d’entrer plus amplement dans l’existence, de s’incarner, d’éloigner les concepts et idées préconçues, de toutes les publicités qui mentent et montrent des corps sans rapport au notre, unique au monde. Adieu idée d’un corps porté aux nues, modèle auquel on s’esquinte à force de  vouloir s’y conformer, référence externe sans rapport à la vraie vie.

Se poser un instant chaque jour, parfois même à plusieurs  moments, quel précieux soulagement. Etre avec son corps, comme se confier à un ami, parfois sans même se dire un mot. Etre ensemble avec ce qui est, sans vouloir en faire autre chose.