Tout déraille, et les sens s’éveillent

Quand le cours des choses déraille, la ville est prise dans un léger chaos. Parfois ce sont les grèves, ou  trop de neige, ou encore des inondations. En un instant, tout est déréglé, les habitudes chamboulées. Ces déraillements sont parfois vécus comme des événements venant aggraver le lot des tracas quotidiens. On se surprend alors à dire : « il ne manquait plus que ça ! » Tout était si bien cadencé dans un rythme familier, et parfois, bien qu’effréné, un peu trop ronronnant.

Subitement, changement de tempo, un nouvel itinéraire s’impose. Et si l’on accueillait ces contretemps avec humour ? Si l’on y voyait la possibilité de se réveiller ? C’est amusant de lever la tête du guidon, d’être subitement incité à tout aborder d’un nouvel œil.

C’est quand tout déraille que s’éveillent les sens.
Oreilles endormies, réveillez-vous ! Le haut-parleur du métro a changé de refrain: les retards pour colis suspect ont fait place aux stations fermées pour inondation.

Et les jambes, attention, il va falloir reconsidérer le terrain : on ne monte plus les escaliers tout droit, mais on contourne les flaques ici et là, une variante de « dancing in the rain », dancing in the train.

Et attention les yeux ! Comme c’est beau quand la Seine, sortie de son lit, a enseveli les grises voies sur berges. Cet inhabituel et relatif silence au bord de l’eau, baigne la ville dans une atmosphère déconcertante. Oui, vous êtes bien à Paris, pas à Giverny.

La convivialité a pris ses aises, libérée par ce léger désordre. En ce samedi pourtant gris,  les visages sont joyeux sur le Pont Neuf, les gens se parlent sans se connaitre, commentent le niveau du fleuve, s’extasient devant les panneaux de circulation engloutis, se laissent émerveiller par la vie qui a pris un autre cours, ou tout simplement, qui a repris son cours.

Entrer dans la danse et s’accorder au tempo. L’art de vivre en harmonie, à l’unisson de la vie.