Présence, le jardin japonais d’Hélène

Dans la fabuleuse cuisine de ma grand-mère maternelle Hélène, je me souviens très clairement de la présence d’une vasque, d’environ cinquante centimètres de diamètre, qui contenait ce qu’elle appelait son « jardin japonais ».

A l’intérieur de cet espace, se trouvait quelques petites plantes, un dénivelé pour donner du relief au paysage, un pont pour traverser le ruisseau asséché, un petit champignon rouge à pois blancs, très beau et bien brillant, quelques personnages plantés ici ou là, probablement des figurines récupérées sur des bûches de Noël.

Lorsque j’étais chez ma grand-mère, je passais des heures à contempler cet univers, et des histoires passionnantes surgissaient de cette vasque.

J’étais à la fois plongée dans cette contemplation et entièrement reliée à la présence d’Hélène, qui bien souvent chantait, affairée aux fourneaux, sa voix faisait partie intégrante de la scène.

L’évocation de ce souvenir fait instantanément surgir une sensation de détente et de joie, éprouvée  à la contemplation de ce jardin. Tout était rassemblé, émerveillée devant cette vasque qui contenait un univers entier, je m’y trouvais pleinement intégrée.

Une expérience de ce que l’on peut ressentir quand on est pleinement là. Vous parler de ce jardin est une manière d’évoquer ce que cela fait éprouver physiquement d’être présent, dans la magie de l’instant. Comme un coffre empli de trésors, certains souvenirs précis de scènes d’enfance et à l’âge adulte aussi, une présence dense, vive et chatoyante.

Ce matin, je regardais dans mon salon la chaise-escabeau où sont posées des petites plantes. Et en un instant, le jardin japonais d’Hélène m’est revenu à l’esprit !

tulipes dans petit jardin d'intérieur

petit jardin intérieur

C’est réjouissant, une manière simple et profonde de faire monde comme j’ai pu l’entendre, une fois devenue grande en découvrant la méditation, et le sens de présence cultivée par cette pratique.

La présence ne peut se décider, elle est d’emblée. Il y a des situations qui favorisent son apparition avec plus d’intensité. Parfois, nous entrons plus pleinement en rapport à ce qui est, et sortons alors d’une forme d’anesthésie des sens.